Moralisation de la Science et autonomie de la recherche

La National Science Foundation (NSF) américaine a mis en place, à l’automne 2018, une nouvelle politique concernant le harcèlement sexuel. Elle affirme, en substance, que tout scientifique peut se voir retirer ses octrois de recherche s’il est reconnu coupable de harcèlement sexuel ou d’autres formes de harcèlement. Quelques mois plus tard, un autre organisme américain chargé de la distribution d’octrois de recherche, les National Institutes of Health (NIH), faisait un pas de plus dans la lutte contre le harcèlement en annonçant que les chercheurs accusés de harcèlement, mais non encore trouvés coupables, pourraient être exclus des listes d’évaluateurs potentiels des projets soumis à la NIH pour recevoir des octrois . Comme on sait, tout projet de recherche, comme tout article soumis pour publication, est d’abord évalué par les pairs qui jugent la qualité scientifique du projet. Ce sont leurs rapports, généralement anonymes, qui servent à la décision d’appuyer ou non financièrement le projet et de publier ou non l’article soumis. La raison invoquée par l’institution pour ne pas attendre la preuve formelle de culpabilité est de s’assurer de « l’intégrité du processus » d’évaluation des demandes soumises à la NIH, lesquelles, bien sûr, ne sont pas anonymes pour l’évaluateur du projet. La responsable expliquait en effet qu’une personne accusée de harcèlement, généralement un homme, « pourrait donner de meilleurs scores aux propositions des post-doctorantes féminines pour éviter de paraître biaisé, même si la science ne mériterait pas ce score ». Quant aux sources des allégations, elles pourraient venir, ajoute-telle « non seulement des institutions menant une enquête, mais aussi des victimes ou des “observateurs” ». [Extrait]

Ce contenu a été mis à jour le 5 mai 2021 à 14 h 41 min.